Un Spa se caractérise par rapport à sa capacité à offrir une gamme de prestations dédiées à la détente, à la beauté et au bien-être et les soins d’hydrothérapie (bains hydromassants et parfumés, douches affusion, douches expérience, …) sont le plus souvent au cœur de l’offre ; ils permettent de renouer avec le mythe de l’eau, l’eau berceau de la vie, l’eau source de Jouvence …
Une responsabilité de l’exploitant
Or, tout exploitant sait combien la gestion d’équipement ayant un rapport avec les soins à la personne oblige à assurer un haut niveau d’hygiène. Ainsi, dans un Spa, l’espace de soins dédié à l’hydrothérapie qui conjugue soins à la personne et environnement favorable au niveau du développement bactériologique (humidité + chaleur + équipements jugés sensibles) doit-il être considéré comme une zone particulièrement sensible.
Santé Publique et maîtrise du risque sanitaire, les Spas aussi sont concernés …
En réponse aux crises sanitaire récentes, une des principales préoccupations des Directions Générales de la Santé à l’échelon européen est bien la maîtrise du risque « legionella ».
Dans ces dispositifs de prévention, les bassins à remous, les jacuzzis (whirpools), les douches, les animations dans les piscines, les bains bouillonnants, les bains à jets et toutes les installations susceptibles de produire des aérosols sont considérés comme des installations à risque en ce qui concerne la maîtrise du facteur “legionella”
Le « principe de précaution » jouant à fond, le monde du Spa n’échappera pas à cette nécessité d’une « normalisation » à partir du moment où c’est un secteur particulièrement sensible, en pleine croissance et du coup surexposé médiatiquement
Un environnement réglementaire à connaître :
Pourtant, il existe déjà non seulement tout un arsenal réglementaire, mais également des recommandations qui permettent aujourd’hui à l’exploitant d’un spa de piloter une démarche de qualité et de prévention orientée sur la maîtrise du risque sanitaire.
Une de premières sources réglementaires se trouve dans le décret du 7 avril 1981 concernant les piscines et les baignades aménagées.
Qu’est ce que c’est qu’une piscine au sens de ce décret : c’est un lieu recevant du public (ce qui n’exclut que les piscines réservées à l’usage personnel d’une famille), avec un ou plusieurs bassins destinés à la baignade et à la natation. Le bassin ludique où les clients vont se relaxer entre deux soins, le bassin froid revigorant à la sortie du sauna, sont donc concernés par ce texte au même titre que la piscine municipale … Et en s’inspirant de ce texte qui traite tant de la nature de l’eau que de son traitement, de la conception technique des installations et des contrôles sanitaires obligatoires, l’exploitant d’un spa peut déjà mettre en place une démarche de prévention du risque sanitaire.
Une autre source essentielle provient de la circulaire DGS n° 98-771 du 31 décembre 98. Cette circulaire traite de la prévention du risque « legionella » dans les établissements recevant du public. Depuis, de nombreux travaux sont venus compléter nos connaissances sur les moyens les plus appropriés d’une démarche de maîtrise de ce risque. Les établissements thermaux en particulier qui sont soumis depuis juin 2000 à une obligation « zéro germe » dans leurs circuits d’eau ont à ce titre dû mettre en place des stratégies pointues pour atteindre cette performance, qui serviront de référence.
On le voit, les sources réglementaires et autres recommandations officielles ne manquent pas. Reste toutefois à bien les intégrer dans la pratique.
Plus concrètement, quel est le risque sanitaire principal dans un spa ?
C’est celui lié à l’hydrothérapie, avec l’utilisation de l’eau pour des soins dans une ambiance chaude et humide qui constitue un champ favorable au développement microbien et bactériologique.
En règle générale, dans un spa, en référence à la réglementation sur les piscines publiques, on utilise l’eau du réseau de distribution mise en température.
Un spa peut aussi utiliser l’eau d’une source thermale (reconnue minérale ou non) ou l’eau de mer, mais cela nécessitera soit une dérogation en cas d’utilisation d’eau de source, soit le respect de la réglementation applicable à la thalassothérapie en cas d’utilisation de l’eau de mer.
Les eaux les plus minéralisées sont aussi les plus sensibles aux risques de contamination, du fait des risques de dépôt et d’entartrage des réseaux, qui constituent un réservoir nutritif pour les bactéries qui trouveront de quoi se développer.
Contrairement à ce qu’on indique quelquefois concernant l’eau de mer, s’il est vrai qu’elle bénéficie d’une meilleure résistance au moment de son pompage en mer, celle-ci présente les mêmes risques au niveau de réseaux qui seraient mal conçus ou mal entretenus.
Quant à l’eau du réseau de distribution publique, celle-ci est en principe livrée conforme à l’établissement. Mais certains établissements thermaux ont fait les frais d’une contamination par « pseudomanas » (une autre bactérie inopportune …) de leurs réseaux d’eau thermale par l’eau sanitaire. Donc, on voit que la problématique est la même quelque soit la nature de l’eau utilisée dans le spa comme dans tout établissement relevant de l’hydrothérapie.
Pour résumer, on peut dire que la contamination bactériologique de l’eau peut intervenir à différentes étapes de son exploitation :
§ Au niveau du réseau d’adduction avant l’entrée dans l’établissement
§ Au niveau des installations d’alimentation et de distribution dans l’établissement,
§ Au niveau de son utilisation au point d’utilisation (propreté insuffisante des appareils d’hydrothérapie – apport de germes par les clients – relargage de germes présents antérieurement dans les appareils d’hydrothérapie)
C’est donc à ces différents stades que l’effort de prévention doit se porter aujourd’hui et que les normes vont être renforcées dès demain.
Une réflexion à mener depuis la conception jusqu’à l’exploitation et à la maintenance du Spa
Cela est particulièrement vrai au moment de la conception du Spa : le cahier des charges ne doit pas se contenter de définir les protocoles de soins, la décoration des cabines et le type de matériel. Il doit aussi et avant tout énoncer clairement les performances à atteindre en matière de maîtrise des risques sanitaires en général : légionnelles, mais aussi pseudomonas et autres bactéries susceptibles de contaminer les réseaux d’eau et l’environnement du soin en général (hygiène des locaux, des surfaces, des équipements d’hydrothérapie, …)
Les concepteurs devront veiller à mettre en oeuvre un certain nombre de bonnes pratiques destinées à réduire le risque de prolifération microbienne, et donc étudier de façon toute particulière les meilleurs moyens d’atteindre ces objectifs, notamment en ce qui concerne :
§ Une étude soignée des principes de circulations entre les différentes zones de l’établissement (locaux secs / locaux humides)
§ Une conception appropriée des réseaux d’eau sanitaire et des températures de production et de distribution, prenant en compte la prévention du risque « legionnella »
§ L’utilisation de matériaux pour les réseaux de distribution de l’eau qui limitent le risque de formation d’un biofilm
§ La possibilité d’isolement facile des locaux après cessation d’activité, et avant nettoyage et désinfection,
§ La possibilité d’une vidange complète des réseaux, avec pose de robinets aux points bas,
§ L’absence de zones d’eau stagnante (bras morts),
§ L’utilisation de revêtements, d’appareils sanitaires et d’équipements immobiliers accessibles au nettoyage et facilement lessivables et décontaminables,
§ L’élimination des nids “ à germe” : joints de carrelage poreux, angles droits inaccessibles au nettoyage, matériaux non adaptés à une désinfection à la vapeur ou l’acide,
§ L’étude des circuits d’approvisionnement et du stockage du linge propre et sale,
§ L’étude des circuits d’évacuation des déchets,
§ Les précautions à prendre pour que les équipements de récupération de chaleur ne risquent pas de recycler de l’air vicié.
Cette liste n’est pas exhaustive, il ne faudrait pas la prendre en l’état comme un « catalogue » des règles d’or pour la réussite. Chaque projet de spa mérite une étude particulière qui permette de conjuguer l’originalité du concept voulu par son initiateur avec les contraintes techniques liées à la qualité de l’environnement de soins. Ce travail doit naturellement se faire en co-construction entre l’exploitant et le consultant.
Un deuxième niveau très important de la démarche réside au stade du fonctionnement du Spa (exploitation et maintenance).
La prévention des risques sanitaires s’obtient par la mise en place et l’application de protocoles d’hygiène au niveau des différents points critiques. Ainsi,
§ éviter la stagnation et assurer la bonne circulation de l’eau,
§ maîtriser la température de l’eau dans les installations, depuis la production et tout au long des circuits de distribution,
§ prévoir un stockage pendant la durée la plus limitée possible,
§ lutter contre l’entartrage et la corrosion par un entretien adapté à la qualité de l’eau et aux caractéristiques de l’installation en programmant un plan d’entretien et de maintenance,
§ remplacer les accessoires de robinetterie usagés ou en mauvais état (têtes de robinets, flexibles et pommeaux de douches y compris tous les joints)
constituent des règles d’hygiène élémentaires à respecter.
Là encore, des réponses devront être apportées en matière de formation des équipes (personnel et encadrement). La formation à l’hygiène et à la prévention des risques sanitaires est tout aussi essentielle que la formation aux protocoles de soins et aux marques cosmétiques. L’objectif serait que chaque établissement puisse mettre en place sa propre « bible » en ce domaine.
Comment agir et réagir concrètement aujourd’hui ?
Il serait délicat et fastidieux d’énumérer ici la liste des dispositions à prendre pour la prise en compte de la maîtrise du risque sanitaire. Il faut travailler au cas par cas à la fois sur le projet d’exploitation et sur les plans.
En l’absence de dispositions réglementaire spécifiques à ce jour, il est recommandé aux exploitants d’évaluer la qualité de cet entretien au moins une fois par an par des prélèvements à la recherche des légionnelles (circulaires du 24/4/1997 et du 31/12/1998)
Dans le cas d’un Spa, la première démarche pourrait être de mettre en place un carnet sanitaire, ce qui va permettre de s’assurer de la qualité des eaux et de réaliser un petit “audit” des réseaux et des installations (en interne ou par un consultant spécialisé dans ce domaine) et ainsi de mesurer ce qui pourrait être fait pour améliorer la sécurité sanitaire.
La tenue du carnet sanitaire est également tout à fait recommandable ; elle sera probablement obligatoire très prochainement (projets de textes en cours)
Un carnet sanitaire comprend notamment :
- les plans des réseaux actualisés,
- la consigne des travaux de modification, de rénovation ou d’extension des installations de distribution d’eau
- les opérations de maintenance et d’entretien réalisées
- les traitements de désinfection
- les résultats d’analyses concernant l’évolution de la qualité de l’eau
- les relevés des températures,
- les volumes consommés ou d’appoint d’eau chaude / froide
En conclusion :
Il faut s’attendre à court terme à la mise en place d’obligations réglementaires et de contrôles renforcés des activités des spas dans le domaine de la maîtrise des risques sanitaires.
Pour ces raisons, il est devenu indispensable que les exploitants de Spas et plus particulièrement d’installations d’hydrothérapie se donnent les moyens d’une prise en compte performante de la gestion et de la maîtrise des facteurs de risques sanitaires dans leurs établissements.
Ces principes généraux étant posés, deux axes de travail peuvent être proposés aux exploitants qui souhaitent approfondir la démarche :
- mise en place d’un groupe de travail pour l’élaboration d’un guide des bonnes pratiques pour la maîtrise du risque sanitaire dans les spas (cela permettrait d’initier un dialogue constructif avec les administrations qui ont en charge l’élaboration des normes réglementaires et leur contrôle)
- mise en place de modules de formation professionnelle tant pour les exploitants (mise en point de protocoles d’hygiène et d’entretien) que pour le personnel chargé de la mise en œuvre de ces protocoles.
Mireille BARREAU
Article rédigé par Mireille BARREAU et publié dans « l’Hôtellerie »